Association
des Avocats
de l'Automobile
PEUT-ON VENDRE UN VEHICULE SANS GARANTIE ?
par Laurent Mercié, Avocat au Barreau de Paris
Lors de la vente d'un
véhicule, le vendeur peut-il légalement
s'exonérer de toute garantie pour les vices
cachés qui pourraient l'affecter ?
Pour se prémunir
contre d'éventuelles contestations après la
vente, il est effectivement possible pour le vendeur - mais
dans certains cas uniquement - de préciser dans
l'acte de cession que le véhicule est vendu sans
aucune garantie et que l'acheteur ne pourra en
conséquence se plaindre des éventuels vices
cachés qu'il pourrait découvrir par la
suite.
Sur le plan juridique, la
validité d'une telle mention dépend en effet
étroitement de la qualité des parties à
la vente. Il convient donc de distinguer plusieurs
hypothèses.
Vendeur professionnel /
acheteur occasionnel Cela n'interdit pas
cependant la vente par un professionnel à un
particulier d'un véhicule "à remettre en
état". Mais il faut alors recommander au vendeur
d'indiquer clairement à l'acheteur, même si
c'est sommairement, les éléments de l'auto qui
devront faire l'objet d'une remise en état, surtout
si le véhicule n'est pas commercialisé avec un
titre de circulation français.
Par ailleurs, en ce qui
concerne les véhicules qui sont astreints au
contrôle technique et sauf si le dernier
contrôle est intervenu moins de 6 mois avant la vente,
le vendeur reste rigoureusement tenu de remettre à
l'acheteur un procès-verbal de visite (article 5 bis
du décret du 4 octobre 1978).
Vendeur occasionnel /
acheteur occasionnel En cas de contestation,
encore faut-il pouvoir établir que c'était
bien là l'intention commune des parties, ce qui les
oblige à porter dans l'acte de cession une mention
explicite à ce propos.
Mais il faut
également que le vendeur soit de bonne foi pour que
l'exclusion de garantie soit valable : en effet, quand il
est démontré que le vendeur qui s'en
prévaut était en réalité de
mauvaise foi - par exemple parce qu'il connaissait les
défauts du véhicule pour l'avoir acheté
à un prix très modique avant de le revendre
à la cote - il ne sera pas en mesure de s'en
prévaloir pour repousser le recours de l'acheteur
(3).
Vendeur professionnel /
acheteur professionnel On peut même
condidérer que son insertion au contrat de vente est
superflue puisque chacun est présumé
connaître et donc avoir accepté les
éventuels défauts du véhicule
cédé.
Exclusion implicite de
garantie Immatriculation
collection C'est en effet ce qui a
été décidé par la Cour d'appel
de Paris dans une décision qui a ensuite
été confirmée par la Cour de cassation
(7).
(1) CA Pau, 30 avril 1987,
Jurisp. auto. 1987, p.403
(2) Cass.1ère civ.,
26 juin 1990, Jurisp. auto. 1990, p. 347
(3) CA Rouen, 14
février 1979, D.1980, I.R p. 223
(4) Cass.com., 8 octobre
1973, Bull. 1973.4.245
(5) Cass. 1ère
civ., 13 mai 1981, Jurisp. auto. 1981, p. 410
(6) Cass.1ère civ.,
25 juin 1968, Bull. 1968.1.138
(7) C.A Paris, 6 novembre
1991, D.1992, I.R p.4 - Cass., 1ère civ. 24 novembre
1993, Jurisp. auto.1994, p.200.
http://www.vice-cache.com/
A l'occasion d'une transaction où le vendeur est un
professionnel et l'acheteur un simple particulier, toute
clause limitative de responsabilité est juridiquement
inefficace. C'est là une conséquence
immédiate du principe selon lequel le vendeur
professionnel est présumé connaître les
vices du véhicule qu'il vend, c'est-à-dire
qu'il est présumé de mauvaise foi (1).
Entre particuliers, la vente sans aucune garantie - on parle
de vente "aux risques et périls" de l'acheteur - est
en principe parfaitement légale (2).
En dernier lieu, et dans les rapports entre deux
professionnels de l'automobile, donc de même
spécialité, une clause limitative de
responsabilité est également parfaitement
valable (4).
En l'absence de preuve écrite dénuée
d'ambiguïté, c'est-à-dire d'une mention
très explicite ("véhicule vendu sans
garantie", "aux risques et périls de l'acheteur"
etc...), l'absence de garantie pourra parfois être
implicitement déduite par les magistrats des
circonstances, notamment de l'extrême modicité
du prix (5) ou encore du fait que le véhicule aura
été vendu comme "non roulant", "en
l'état où il se trouve" (6) ou encore
"à restaurer".
En ce qui concerne les vices cachés, l'acquisition
d'un véhicule immatriculé en collection est
synomyme d'absence de garantie.
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